Pourquoi la thérapie fait autant parler des parents ?

Remettre en cause ce qui a été transmis par les parents c’est un pas important vers soi-même. Et ça se fait progressivement. C’est un processus où l’individu va intégrer ce qu’il ne pouvait pas intégrer avec sa conscience d’enfant. Il va faire grandir sa conscience et grandir lui-même.

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Un terrain d’évolution et de résistances

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Je reviens sur ce thème aujourd’hui car ceci est le béaba de la thérapie et aussi une énorme partie du chemin d’individuation. Je pourrais aussi bien dire « remettre en cause le passé » car c’est plutôt ça. Si j’ai dit « parents » au lieu de « passé » c’est parce que ce sont eux qui nous ont initié à la vie. Ils sont le vecteur le plus direct de cette transmission. Ils nous collent à la peau, ils ont une place énorme dans notre inconscient. Et si j’en parle c’est aussi parce que cette relation charnelle est à l’origine de beaucoup de résistance à évoluer. Sans se rende compte, beaucoup de gens sont prêt à prendre sur eux pour ne pas toucher aux parents, pour ne pas voir là où ils ont vraiment étés blessés. Nous pouvons avoir parfois un regard critique envers nos parents, mais toucher et s’occuper de qui nous fait mal, c’est autre chose. .

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La transmission malgré la volonté

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Pour schématiser et donner corps on va inventer un petit personnage. Un adulte qui enfant a vécu l’absence de sa mère. Lors de la grossesse et des premières années de sa vie, sa mère était en deuil, elle avait perdu un être cher et était émotionnellement peu impliquée avec son nouveau-né. Imaginons que le petit a eu l’impression de ne pas être assez intéressant. Il ne savais pas formuler « je me sens délaissé » il n’a pas connu autre chose. Mais il a senti des manques, des tristesses et des sentiments d’impuissance face à la vie. Tout ça est irrationnel et ça fait mal. Il n’a pas pu raisonner ou comprendre la globalité de la situation. Disons que naturellement il a cherché des stratégies de survie. Exemples : essayer d’attirer l’attention des parents, ou embrasser la dépression de la mère et tenter d’être pareil qu’elle (sentiment d’identité et d’appartenance), ou alors essayer d’être reconnu en étant sage, ou encore être celui qui fait rire la famille… Enfin, il y a mille et une stratégies possibles qui vont être une tentative de palier la douleur de l’indifférence. Mais ces stratégies qui soulagent font aussi le travail inverse, c’est-à-dire, elles continuent de nourrir la croyance « je ne suis pas intéressant ».

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Notre personnage a grandi. Je ne sais quel comportement social et relationnel il a adopté, à vous de choisir, mais disons qu’il se bagarre contre son manque d’estime et ne se doute plus de l’origine de tout ça. Il est identifié à sa faible auto-estime.

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Remettre en cause les parents c’est pouvoir se réapproprier notre préciosité là où le parent a été incapable, indisponible, aux prises avec ses propres émotions et à se dépatouiller dans son propre chemin d’évolution. Quand on se questionne sur ce qui a été reçu des parents en thérapie, ce n’est pas pour leur en vouloir à vie. C’est plutôt pour se dégager de ce qu’ils ont projeté sur nous et qui n’est pas forcément ce que nous sommes. C’est aussi pour se libérer de ce que nous avons cru de nous à cause de leur comportement envers nous, comme dans l’exemple du garçon qui se croit inintéressant. C’est en rentrant dans ce processus que nous allons faire du tri dans les paquets de transmission familiale, voir culturelle. Cela va nous aider à voir ce qui nous porte et ce qui nous freine. Cela va augmenter notre capacité à faire des choix.

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Mélange et confusion. Protection de qui ?

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Il y a un tas de sentiments qui se mélangent envers les parents. Il y a une espèce de dette existentielle du fait qu’ils nous ont donné la vie. Il y a aussi des manquements, des colères, de la pudeur, de l’amour, de la gratitude, des regrets, des attentes, etc. Tout ça peut plus ou moins être écarté dans l’inconscient. Certains sentiments en masquent d’autres. De temps en temps il y en a un qui se fait sentir davantage, mais le mélange fait une grande confusion. Au final, tout ça va par être projeté dans d’autres relations du quotidien et encore une fois, on laisse les parents tranquilles !

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Cette protection des parents est à double tranchant. On les protège et on se protège de la douleur de leurs « erreurs ». Et on essaie de se maintenir comme ça, dans des compromis plus ou moins conscient. Loyauté. Fidélité. Peur d’admettre que ce à quoi nous avons été initiés ne nous correspond plus ou pas complètement ! Peur aussi de les lâcher… « Qui je suis si je ne suis pas le fils de mes parents ? »

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Alors, quand on vient se poser des questions en thérapie, ça remue ! « Et non, cette peur n’est pas dû au conjoint, ça vient de la relation avec la mère « … « Qu’est-ce que ça à l’air cliché ! Oh la la, je ne veux pas faire une thérapie pour ça ! ». Et pourtant, quand les choses sont identifiées et mises à leur place, qu’est-ce que ça fait du bien !

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Parfois les gens disent « Non, mes parent sont déjà trop vieux pour que je les remette en cause ». Mais si vous avez gardé une mauvaise estime de vous parce que votre mère ne vous a pas compris, votre père n’était pas là ou votre grand-frère fermait la porte de sa chambre devant votre nez, à un moment donné, pour vous construire une estime correcte de vous il est bon de pouvoir voir comment la mauvaise estime a été construite.

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Pourquoi c’est si difficile ?

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Si vous vous êtes occultés certaines choses au point de prendre sur vous et de façonner votre personnalité, dites vous que c’est parce qu’à l’époque ce n’était pas possible autrement. Il y avait dans votre l’histoire, des éléments intolérables pour vous à votre âge. Ou alors vous n’avez simplement pas eu le soutient nécessaire pour les traverser. Et toucher aujourd’hui à ce qui un jour était intolérable, en ben ça reste difficile. Vous l’avez enfermé et vous vous êtes débrouillés brillamment pour vous en sortir !

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Et la compréhension suffit pour changer ??

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Disons que plus la compréhension est large, mieux c’est !
Il y a vos souvenirs et l’histoire que vous connaissez. Il y a aussi la compréhension intellectuelle de cette histoire. Tout votre quotidien peut contribuer à ce que l’inconscient devienne conscient. Par exemple, la lecture d’un texte comme ça peut agrandir votre compréhension intellectuelle, faire monter des souvenirs, etc. Cette partie de la compréhension est peut-être la plus habituelle.

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Mais il y a aussi un chapitre précieux dans la compréhension du livre de votre vie : c’est le langage du corps et des émotions. La rencontre avec les émotions refoulées du passé nous allège. Cela aide énormément dans le changement des vieux schémas. C’est comme si ces émotions fonctionnaient comme des freins. C’est aussi ce chapitre-là qui est le plus dur à affronter seul. Et c’est là où l’accompagnement thérapeutique est extrêmement aidant.

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Je sais que l’idée du refoulement des émotions n’est pas claire pour tout le monde. Pour mieux comprendre dites vous que rien ne disparaît dans la nature, tout se transforme. Ce n’est pas parce que vous mettez une poubelle dans un placard qu’elle n’existe plus. Au contraire, une partie de vous sait qu’elle est là et va éviter le placard. Vous pouvez donc, peindre le placard, mettre du parfum dans la pièce, ne plus utiliser la pièce… Une partie de vous sait et continue de s’adapter à ça.

Avec les émotions c’est pareil. Soit elles circulent car elles ont été comprises, soit elles vont rester planquées en train de pourrir quelque part ! Beaucoup d’énergie est déployée dans la fuite ou la « négociation » avec ces contenus à l’intérieur de nous. En thérapie, on approche ces émotions au fur et à mesure qu’elles s’y prêtent. Comment ça se fait ? C’est là tout l’art de la thérapie et de la collaboration entre thérapeute et patient.

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Donc, Il y a mille et une stratégies pour ne pas sentir les émotions… Mais elles reviennent sans cesse et elles sont pleines d’informations à nous transmettre. Sur nos traumas, sur notre insécurité, sur nos peurs et sur nos blessures.

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Tout ça est bien plus intéressant à vivre qu’à lire ou à expliquer…

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Et souvent, quand on s’est allégé on a encore plus envie de vivre que de théoriser. Ces explications sont là plutôt dans un but d’aider un peu le cerveau rationnel à avoir moins peur de cette rencontre avec les émotions.

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Et le corps ?

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Oui, je n’ai pas parlé du corps cette fois-ci, mais où est l’émotion ?? Dans le corps ! D’ailleurs tout ce que nous vivons c’est dans le corps, avec le corps, à travers le corps… ! Voici pourquoi l’écouter.

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Un petit mot de la fin

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Pour les grands enfants :

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Nous sommes tous des enfants… plus au mois blessés, plus ou moins joyeux. Grandir, être adulte responsable et à la fois vivre tous les bons côtés de notre enfant intérieur passe par ce chemin de tri, de découverte, de confrontation (intérieure) et d’allègement. Ouvrir les plaies, les nettoyer pour guérir et grandir… d’après mon travail quotidien, je n’ai aucun doute sur la beauté de ce chemin et sur ce qu’il apporte en qualité de vie. L’adulte, qui porte cet enfant intérieur guéri, dispose de tout son cœur. L’enfant intérieur qui cohabite avec cet adulte soutenant, lui réenchante la vie.

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Pour les grands enfants devenu parents de grands enfants

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Humilité. A ce stade, ce mot suffirait presque…
Etre parent c’est un grand don de soi. S’occuper de soi est aussi essentiel ! Qui se sent évoluer sur un sujet à un moment donné dans sa vie, voit la répercussion de sa guérison dans ses actes et dans son environnement. La culpabilité n’aide en rien. L’amour est le bon guide !

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Pour parents et grands enfants

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Je trouve que notre société manque de rites de passage. Peut être a-t-elle remplacé des vrais rites par les fêtes du commerce, comme la fête des mères et des pères ? Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que ce n’est pas évident de passer ensemble à l’étape où parent et enfant se retrouvent en tant que deux adultes. Sans l’aide des rites, les deux ne seront pas forcément en phase dans ce passage et l’un risque de retenir l’autre par peur, culpabilité, dette ou autre… Que vous soyez d’un côté ou de l’autre, serait-il possible d’accepter et même d’honorer ce « pas sage » de vie ?

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Personne n’appartient à une autre personne.
Aucune relation ne s’épanouit réellement si elle est engagée par la peur ou le devoir. Le lien du cœur, celui de l’Amour est le plus beau, le plus vrai et le plus puissant qui puisse exister.

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1 Comment
  • Dzplanque Alain
    septembre 18, 2016

    Je trouve cet article intéressant car il me parle fortement.
    J’avais vraiment peu d’estime de moi même. Cela continue mais à un moindre degré.J’ai compris que ce n’était pas de ma faute si j’avais autant peu d’estime de moi.
    L’histoire parentale est toujours présente.J’adoptais comme comportement de ne pas déplaire, de gêner le moins possible l’autre pour ne pas être une source de déplaisir pour l’autre. Je vivais sans cesse dans la crainte du regard de l’autre sur moi ce qui m’empêchait de vivre et d’être un homme. C’est vraiment un handicap d’avoir sur soi un regard non aimable!. Aujourd’hui, je trouve peu à peu du réconfort en allant dans des groupes de prière. Pleurer me console. Les changements se font petit à petit. Etre accompagné par un thérapeute en qui on a vraiment confiance et où l’on se sent vraiment écouté m’a donné la possibilité de sortir des blocages et de m’autoriser à avancer vers un chemin de vie. Donc encore merci pour cet article et pour toutes les personnes qui aident les autres à se libérer de leurs blessures!

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