La guérison est dynamique

Cela m’a encore été rappelé hier par quelqu’un que j’accompagne.

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Cette personne arrive et me montre un nouvel état de sérénité. Comme d’habitude je l’interroge, j’investigue pour aller plus loin et pour comprendre ce qu’elle vit. Elle va très bien et je constate qu’il s’est déclenché en elle une nouvelle dynamique dans sa relation à elle-même et par le fait même, aux autres. Elle me dit, « je vis une petite guérison ».

A cet instant-là elle n’attendait pas que tous ses problèmes soient réglés. Son discours était plutôt « je suis prête ». En me le disant son menton tremblait presque et dans sa voix il y avait beaucoup d’émotion. Un mélange de force et de fragilité. Un état qui va plus loin que la peur car il l’inclut. Et je pense que c’est cette même inclusion qui la rendait si émue, la patiente. Son envie d’aller de l’avant prenait en compte toutes ses peurs et ses blessures du passé, ainsi que ses ressources. Tout ça la rendait vivante, forte et prête à accompagner chacun de ses prochains pas de très près. Comme quelqu’un qui accompagnerait un enfant dans son apprentissage. Et qui choisirait de lui apporter de l’amour et du soutien au lieu de punitions ou de l’indifférence.

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guérison apprentissage pas à pas

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Notez qu’il n’y a rien de statique à tout cela ! C’est un acte d’amour actif et acteur envers soi ! Cet amour qui se trouve dans la recherche du meilleur soutien pour le prochain pas. Un amour qui choisit le soin adéquat au quotidien. Autant pour les défis à surmonter que pour les moments de repos et de loisir. Un amour qui lui permet aussi les « erreurs » dans le parcours, en l’aidant à rester assez humble pour apprendre avec. Un amour qui lui tend les bras et qui l’épaule, qui est vigilant et qui n’abandonne pas…

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Voyez combien c’est actif !

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La dynamique de la guérison demande constamment de l’écoute. De la présence à chaque instant, à chaque état d’âme. Une présence qui mesure les actes qui vont dans le sens de la bienveillance et non pas de l’auto-persécution. Une présence qui est dans le dialogue avec soi-même, sans pour autant se couper du monde.

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Quand je lui ai montré cela, dans ma fonction de thérapeute-miroir, elle m’a répondu : « je n’ai plus peur de me couper des autres ». De mon fauteuil j’ai souri ! Ce que je lui disais était déjà évident pour elle… du moment où elle s’aimait il n’y avait plus de place pour la peur ou le manque !

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L’amour sécurise. Quand on s’aime activement à chaque instant la peur perd de sa force. Elle est inclue, intégrée, elle ne fait pas… peur ! 😉

Je montre le tableau de cette personne pour parler d’une attitude qui rend possible la guérison.

Et surtout pour dire qu’il n’y a pas un point d’arrivée.

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La pensée qu’il y a un point d’arrivée où la problématique est réglée est une illusion. Elle nous maintient plus souvent dans un manque de présence à soi car « il faudrait être ailleurs » ou dans un manque d’acceptation de soi car « il faudrait être différent ». Et cette pensée nous éloigne encore plus de la guérison. D’ailleurs, toute notre société de consommation qui est basée sur la satisfaction immédiate et superficielle, cultive le fait que nous manquons de quelque chose, que nous devons l’acquérir et que ce quelque chose est à l’extérieur de nous. Que ce soit du matériel ou une qualité humaine, nous devons toujours courir après quelque chose. Même de la guérison !

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Or, la guérison ne se trouve pas au bout du chemin. La guérison est dans le chemin et peut se déclencher à tout moment. Car la guérison découle d’une attitude à cultiver (dynamique) et non pas d’un résultat, d’un trophée à récupérer au bout (statique).

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Même s’il y a des résultats ou des moments de « cueillette de fruits » dans un chemin personnel, cela n’implique pas se reposer dessus une fois pour toutes. Cela ne vous viendrait pas à l’idée que vous êtes débarrassé de manger pour la vie parce que vous venez de finir un repas. Non. Par contre, vous avez bien un temps de satiété et de digestion ! Ainsi est la guérison où les cueillettes et les moments de satiété sont à l’intérieur d’un mouvement plus grand, d’un cycle.

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Pas acquis mais aisé !

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Il peut y arriver qu’un comportement soit assez intégré en vous et dans votre vie pour qu’il n’y ait plus besoin d’y réfléchir. Il va faire partie maintenant de votre palette de réponses disponibles, voir même devenir votre façon plus courante d’être. C’est intégré !

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Prenons l’exemple de la conduite pour illustrer.

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Au début vous devez faire attention à tous les gestes et progressivement ils vont devenir plus ou moins automatiques. Vous n’avez plus besoin de réfléchir à tout. Mais vous devez quand même rester présent et attentif. Vous serez toujours obligé de fournir un effort pour que cela se passe. Et vous devez interagir avec d’autres car vous devez vous inscrire dans un mouvement plus grand – le trafic. Vous ne pensez pas à chaque fois que vous prenez la voiture que vous risquez votre vie même si c’est le cas. Et vous devez participer à équilibre global où chacun fait sa partie pour que le trafic reste fluide. Si vous vous arrêtez à un mauvais moment, vous pouvez boucher la circulation ou être cogné par l’arrière !

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Psychiquement… c’est pareil !

Imaginez que vous aviez une problématique de « territoire ». Soit du mal à mettre vos limites, à vous faire respecter et à prendre votre place. La dynamique de la guérison se déclenche ! Cela demande une concentration, une grande présence et l’effort de mettre en place les nouveaux comportements. Prendre la parole, dire non, vous affirmer, etc. Vous êtes aussi attentif à comment les autres répondent, car l’interaction avec le monde est essentielle. La réponse des autres dans le passé c’est ce qui vous a fait tirer des conclusions sur ce qui était « bon » ou « mauvais », c’est ce qui vous a conditionné. Cette fois-ci, dans la nouvelle démarche l’attention est différente, car vous prenez conscience que vous n’êtes plus l’enfant qui croyait risquer sa vie s’il n’était pas aimé et accepté. Votre intention dans la guérison n’est plus de vous « sur-adapter » aux autres mais de transmuter une problématique qui vous rendait malheureux.

Donc, à partir de cette compréhension vous pouvez mettre en pratique d’autres comportements ! Et passer à l’apprentissage d’être plus proche de votre être profond. D’être vous-même et non pas ce que vous avez cru que les autres attendaient de vous !

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La différence entre la guérison et l’apprentissage c’est que dans la guérison il y a d’abord à aller rencontrer une énergie qui a été arrêtée, refoulée.

Il faut d’abord rencontrer là où le mouvement a été arrêté. Soit les traumas et les conditionnements d’enfance. Et toutes les conclusions tirées à partir de là afin de les démystifier. Il faut sortir de l’ombre et récupérer vos ressources pour qu’elles redeviennent à votre disposition.

Donc, il y a un nouveau comportement à apprendre, mais il faut d’abord tenir compte des facteurs qui bloquaient cet apprentissage. Et ensuite passer à l’expérimentation et l’intégration.

Dans l’apprentissage, nous partons soi-disant de zéro. Page blanche. Nous apprenons l’alphabet pour pouvoir ensuite lire et écrire.

Dans la guérison, nous partons d’une page déjà écrite. Il faut d’abord pouvoir la lire et ensuite faire preuve de créativité pour composer à partir de là. Et le résultat est souvent très riche ! C’est ce qui fait de vous un être unique !

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Si j’utilise les termes « dynamique et statique » pour illustrer tout ça c’est pour sortir de l’illusion que la guérison :

  • est à l’extérieur de nous
  • qu’elle peut être acquise d’une fois pour toutes
  • qu’il y a un point final, un point d’arrivée

Et surtout pour vous encourager à entrer dans le mouvement ! Car la bonne nouvelle c’est la liberté et la puissance que cela vous redonne de pouvoir agir à chaque instant. C’est à votre portée, déjà, maintenant !

2 Comments
  • barbara vogeleer
    août 27, 2015

    Merci Lena !!
    Magnifique article! Très éclairant. Il va m’aider a mieux expliquer à mes patients.
    Gros bisous
    Barbara

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